Les terres agricoles des Sœurs de la Charité ou la charité mal ordonnée

Nous avons appris par les médias que la Ville aurait autorisé un promoteur à bâtir des maisons en rangées sur ce qui est convenu d’appeler la ferme des Sœurs de la Charité, située derrière l’ancien hôpital Saint-Michel-Archange, aujourd’hui nommé Institut Universitaire en santé mentale de Québec. Ces terrains agricoles s’étendent à partir du Chemin de La Canardière, dans l’arrondissement Beauport, jusqu’au boulevard Louis XIV, dans l’arrondissement Charlesbourg.

Selon les informations dévoilées jusqu’à maintenant, le promoteur se serait engagé à remettre les profits retirés de la vente de ses unités de logement à une fondation philanthropique familiale, la Fondation Jules-Dallaire. On maximiserait par la même occasion le parc immobilier de Québec en ajoutant des habitats taxables dans un espace qualifié de vacant.

Densifier n’est pas une raison pour envahir les terres agricoles du Québec. «Philantroper» non plus !

Les terres du Québec, comme celles des Sœurs de la Charité, ont été défrichées par nos ancêtres à la sueur de leur front et à force de bras, puis cultivées sans interruption depuis les 350 dernières années. On apprend qu’il faut de 5000 à 7000 ans pour créer les 40cm de sol arable que la Ville s’apprête à sacrifier pour autoriser l’érection de maisons en rangées.

C’est d’abord avec la terre mise en culture que l’on nourrit le monde. L’agriculture en ville n’est pas seulement l’affaire des producteurs agricoles mais aussi celle de plusieurs milliers de citoyens qui s’attendent à consommer des aliments sains, de proximité et produits dans un milieu sain.

On aurait l’air de quoi dans les forums internationaux en ruinant la capacité nourricière de nos terres pour y aligner des maisons en rangées? Que voudrait dire alors «l’Accent de Québec» pour les touristes et les citoyens?

Le projet annoncé, qui représente une solution à court terme pour loger peut-être 20 000 personnes, aura pour effet de sacrifier une ressource potentielle de nourriture, de verdure et de l’air pur pour 500 000 autres citoyens et ce, à jamais.

Il y aurait plus de 80 agriculteurs et agricultrices dans notre ville et près de 200 dans l’agglomération de Québec à se lever tous les matins pour nourrir la population d’aujourd’hui et de demain. Y a-t-il un rôle plus essentiel que de produire des denrées pour nourrir la population!

Une réflexion sur la place de l’agriculture en ville s’impose donc avant que l’obsession de «densité taxable» des dirigeants de la Ville ne supprime ce qui pourrait devenir le plus grand potager urbain à garnir les comptoirs de la région.

Marc-André LeMay, membre du C.A.

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